Dans un contexte où l’agro‑industrie impose des monocultures, vide les campagnes et fragilise les paysann·es, la revue Silence propose une réponse concrète : le recueil Terres partagées, des fermes collectives pour sortir de l’agro‑industrie. Coordonné par Lola KERARON, cet ouvrage rassemble une vingtaine de reportages de terrain qui donnent la parole à des collectifs, à des agriculteur·rice·s et à des initiatives alternatives qui réinventent l’agriculture de façon plus écologique, plus juste et plus conviviale .
Structure du livre …
Le livre se décline en plusieurs sections thématiques. La première partie présente les fermes autogérées, où les travailleuses et travailleurs décident collectivement des pratiques culturales, de la gouvernance et de la commercialisation.
La deuxième partie explore les vergers solidaires, souvent implantés en milieu urbain ou périurbain, où les fruits sont partagés entre les membres du collectif et la communauté locale.
La troisième section décrit les coopératives maraîchères, qui mutualisent les moyens de production (machines, semences, débouchés) afin de réduire les coûts et renforcer la résilience.
Enfin, le livre aborde les réseaux paysans alternatifs, des plateformes de mise en relation entre producteurs et consommateurs engagés, favorisant la transparence et la traçabilité. Chaque chapitre mêle succès, doutes, tensions et chemins sinueux, offrant ainsi une vision nuancée des enjeux auxquels ces projets font face .
Thèmes majeurs et enseignements clés …
D’un point de vue écologique et de la souveraineté alimentaire, les collectifs privilégiés dans le livre adoptent des pratiques agroécologiques : rotation des cultures, agroforesterie, réduction des intrants chimiques et préservation de la biodiversité. En reprenant la main sur la production, ils renforcent la souveraineté alimentaire locale, limitant la dépendance aux circuits industriels.

Pour plus de justice sociale et économique, la mutualisation des ressources rend l’accès à la terre et aux outils plus équitable, notamment pour les jeunes agriculteurs·rices, les femmes et les personnes migrantes. Plusieurs projets intègrent des modèles de rémunération solidaire, tels que le partage des revenus ou les prix équitables, afin de garantir une viabilité financière sans exploiter les travailleurs·ses.
Mais il ne faut surtout pas oublier la convivialité et le lien communautaire. En effet, au cœur de ces initiatives se trouvent le partage du savoir‑faire et la création d’espaces de rencontre : ateliers, marchés, repas collectifs. Ces lieux deviennent des laboratoires d’innovation où les idées circulent librement et où les erreurs sont perçues comme des apprentissages.
Mais le chemin est pavé d’obstacles et de défis qu’il faut savoir dépasser : le livre décrit également les difficultés rencontrées. La bureaucratie représente un obstacle majeur : lourdeurs administratives, exigences de conformité et accès difficile aux aides publiques. Les pressions financières sont fréquentes, car les projets nécessitent des capitaux initiaux, sont soumis à la volatilité des marchés et doivent rivaliser avec les grandes exploitations. Enfin, les tensions internes apparaissent parfois, liées à la prise de décision collective ou à des divergences de vision entre les membres. Toutes ces contraintes sont présentées avec honnêteté, montrant que la transition vers une agriculture collaborative n’est pas linéaire mais exige persévérance et adaptation .
Des exemples marquants présentés dans le livre …
Parmi les dizaines de récits, plusieurs projets illustrent la diversité des modèles. Une ferme autogérée du Sud‑Ouest de la France, nommée « Les Racines Libres », fonctionne selon une gestion horizontale, sans pesticides, et vend directement via une boutique en ligne solidaire. Un verger solidaire installé dans la région lyonnaise, appelé « Le Pommier Partagé », implique les habitants dans la taille et la récolte ; une partie des fruits est distribuée aux écoles locales, le reste étant partagé entre les participants. En Bretagne, la coopérative maraîchère « Vertes Alliances » mutualise des tracteurs électriques, utilise du compost local et collabore avec des restaurants bio. Enfin, le réseau paysan « Terre en Réseau », présent dans plusieurs départements, repose sur une plateforme numérique qui connecte producteurs et consommateurs, favorisant les circuits courts et la traçabilité. Ces études de cas montrent comment chaque collectif adapte les principes de l’agroécologie à son contexte géographique et socioculturel, tout en restant fidèle à l’idée de partage et de solidarité.
Une invitation à l’action
Pour conclure, Terres partagées ne se contente pas d’être un simple recueil d’anecdotes ; il constitue un manuel d’inspiration pour quiconque souhaite participer à la transformation du système agricole. En exposant à la fois les réussites et les obstacles, le livre offre une cartographie réaliste des voies possibles vers une agriculture plus durable et solidaire.
Pour les lectrices et lecteurs désireux d’aller plus loin, le texte suggère plusieurs pistes : rejoindre un collectif existant, créer un groupe de partage de semences, s’engager dans des ateliers d’agroécologie ou soutenir financièrement les projets via des plateformes de financement participatif.